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Tout le monde passera même...

« Tout le monde passera, mon général, même les morts »

De la légende à la réalité.    (par Jean GATEAU)

« Tout le monde passera, mon général, même les morts ». C’est par ces mots que le capitaine de Belsunce répond au général Guillaume, commandant le groupement de Tabors, la veille de la grande offensive ordonnée par le général Juin, dont l’objectif est de percer la fameuse « Ligne Gustav », réputée infranchissable.

Confiant dans la valeur de ses hommes comme de ceux de tout le Corps Expéditionnaire Français, et dans leur volonté farouche de rétablir l’honneur de la France, le capitaine de Belsunce n’imaginait pas que ses propos avaient un caractère prémonitoire pour lui-même.

Pourtant, le 13 mai, tué d’une balle dans la tête alors qu’il montait à l’assaut avec ses hommes, le capitaine de Belsunce est  porté, mort,  jusqu’à l’objectif qu’il leur avait fixé, le mont Girofano. « Tout le monde passera, mon général, même les morts ».

Mais ce n’était qu’une légende, ignorée d’ailleurs de beaucoup d’entre nous, dont François, notre président, n’eut connaissance que récemment, lors d’un entretien avec un neveu du capitaine de Belsunce. A Rome, lorsqu’il évoqua ce fait, au conditionnel, je pus lui dire que moi aussi, j’en avais eu connaissance par une autre source. Je fus très surpris de détenir une telle information que je pensais connue de la promotion.

L’histoire que je vais maintenant vous raconter est donc celle de la découverte d’écrits qui nous permettent aujourd’hui de dire que ce qui nous semblait être une légende est bien une réalité.

Elle commence en 1976, quelque temps après notre baptême de promotion, auquel mes parents avaient assisté. Un  certain Roger Maillet vient rendre visite à mon père, dans son atelier de tailleur, à Saint Brevin, comme il le fait régulièrement, pour parler de choses et d’autres, étant commerçants tous les deux et presque voisins. Lorsque mon père lui parle de l’émouvante cérémonie à laquelle il a assisté à Coëtquidan, et surtout lorsqu’il lui donne le nom que notre promotion a choisi, Roger Maillet pousse un cri de joie et salue le choix de notre promotion en vantant les qualités du capitaine de Belsunce qu’il semble avoir bien connu. C’est ainsi que notre « légende » apparaît. Roger Maillet relate ainsi à mon père ce fait exceptionnel qu’un capitaine, tué au combat, est porté par ses hommes jusqu’à l’objectif.

Mon père me l’a-t-il rapporté par la suite ? Je n’en sais fichtre rien. En tout cas, je n’en ai aucun souvenir. Peut-être l’a-t-il fait et moi, élève peu passionné du cours d’histoire militaire, je me suis dit que le bureau promotion devait en savoir beaucoup plus sur les faits d’armes de notre parrain, aidé en cela par le célèbre capitaine Caron.

Comment ai-je donc pu évoquer cet épisode à François, 40 ans plus tard, lors de notre séjour en Italie ?

Concours de circonstances : mon père est décédé en août 2016 et, avec mon frère, en faisant du tri dans la maison familiale, nous avons trouvé un livre sur la bataille d’Italie, écrit par un soldat allemand. C’est en voyant ce livre que je lui parle du voyage en Italie programmé pour l’année suivante, sur les pas du capitaine de Belsunce. Mon frère me relate alors la conversation évoquée plus haut, entre mon père et Roger Maillet, étant présent lui-même dans l’atelier de mon père ce jour-là.

Voici donc la première partie de mon histoire. Mais, même si, à notre âge, François et moi ne dédaignons pas les légendes, il n’empêche que notre parrain de promotion méritait mieux. C’est ainsi que François me confia la mission de rechercher comment Mr Roger Maillet avait-il pu connaître ce fait et, si possible, d’en trouver une trace écrite.

Après avoir établi une MRT simplifiée, je me suis fixé 3 directions de recherche : l’association des anciens combattants de Saint Brevin, que présidait en son temps Roger Maillet, les archives départementales et la descendance de Roger Maillet. Je n’évoquerai que cette dernière piste qui a été fructueuse et plus rapide que je ne le pensais.

Je précise qu’une salle municipale de Saint Brevin porte le nom de Roger Maillet. Je connaissais bien cette salle puisque, lorsque j’étais enfant, c’était la droguerie tenue par les époux Maillet. Je me suis donc adressé à un ancien maire, celui qui avait inauguré cette salle, afin d’en connaître l’historique (s’agissait-il d’un don fait à la commune ?) et peut-être ainsi de trouver des documents concernant Roger Maillet. Malheureusement cet ancien maire n’avait que peu de souvenir de cette inauguration et m’a conseillé de m’adresser au notaire qui avait suivi le dossier d’acquisition. Il m’a même donné le nom d’une demoiselle, clerc de notaire, ayant été en charge du dossier à l’époque. Je me dis que cette personne devait sûrement être en retraite. Ayant trouvé sur les pages jaunes le numéro de téléphone du cabinet notarial, je m’empressai d’appeler et là, surprise : c’est la demoiselle citée précédemment qui me répond. Nous engageons la conversation et j’apprends ainsi que c’est la fille de Roger Maillet qui a vendu la maison à la commune. Puis-je avoir les coordonnées de cette fille ? La confidentialité m’en empêche mais la clerc de notaire me propose de lui faire un message qu’elle fera suivre, si l’adresse internet est toujours valide.

Je fais donc un message à l’intention de Josette (prénom de la fille de Roger Maillet) et, nouvelle surprise quelques jours plus tard : elle me répond et me donne ses coordonnées. Ainsi débute une série d’échanges qui vont aboutir à la découverte de documents que Josette a conservés concernant son père. C’est ainsi qu’on apprend que le maréchal des logis chef Maillet était chef de pièce, à la 6ème batterie du 64ème RAA, en mission d’appui de la bataille du Garigliano. C’est dans ces circonstances qu’il a eu connaissance du capitaine de Belsunce.

Parmi les nombreux documents, un témoignage de la plus haute importance : le discours du général Chambe pour l’inauguration du pont du Garigliano, à Paris le 24 avril 1967, dont le texte est dédicacé par le général pour Roger Maillet.

Voici l’extrait de ce discours qui apporte la preuve que notre légende est bien une réalité :

« Sur le Garigliano, le capitaine de Belsunce du 5ème Tirailleurs Marocains, héritier de l’un des plus beaux noms de l’armorial de Gascogne, à peine a-t-il levé son stick pointé vers le Feuci :

-Allons, mes enfants, pour la France…    qu’il est tombé, tué d’une balle à la tête.

Comme ils l’ont déjà fait pour le lieutenant Bou Akaz, à la cote 470, trois tirailleurs relèvent aussitôt son corps et l’emportent avec eux, assis sur un fusil mis en travers. Ivres de fureur et de vengeance, ils chargent ainsi, avec lui, la ligne ennemie et ne le déposent que 200 mètres au-delà en l’adossant à un rocher, face en avant :

Tout le monde passera, mon général, même les morts. »

Pour conclure, je voudrais remercier Josette qui s’est passionnée autant que nous pour ce fait d’armes. Elle habite la région parisienne et fréquente régulièrement le cercle des armées, même si, ni elle ni son mari ne sont militaires ou anciens militaires. Elle était prête à poursuivre plus avant  ses recherches par l’acquisition de documents sur la bataille d’Italie. Il serait bien que nous puissions la remercier.

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